Ce que Harvard Business School a appris de son programme de collaboration online!

En Juin 2014, la Harvard Business School lançait  HBX, sa nouvelle initiative d’éducation en ligne (deuxième génération de MOOC). Il s’agissait de passer de l’expérience  » quasi passive » qui consiste à regarder en streaming des conférences de professeurs emblématiques (Pr Gupta par exemple; le pape de la Digital Revolution! ) à une expérience plus riche, plus individualisée et davantage participative. Ainsi le déploiement du programme a permis les constats et évolutions suivants :

Se Concentrer sur la résolution de cas réels ( c’est la casuastique qu’ils pratiquent en présentiel selon un principe inventé par le CPA (ancêtre de l’actuel E MBA d’HEC!).Des vidéos capturent en situations réelles des managers  entrain de discuter des problèmes. Ainsi cela aide les élèves à comprendre l’applicabilité des concepts les plus abstraits et ésotériques…

Encourager l’apprentissage actif. Plutôt que de subir le cours, de regarder passivement des conférences vidéo il ne s’écoule pas plus de de 3-5 minutes sur la plate-forme avant qu’on les sollicite pour interagir sur le contenu du cours…
Favoriser l’apprentissage en réseau (social) en mode collaboratifs. Comme « dans la vraie vie »Les étudiants ne pas seuls à suivre leur cours – la désynchronisation est possible-, ils sont donc invités à participer de façon significative et régulièrement avec d’autres sur la plate-forme HBX. Il est prouvé que cet apprentissage collaboratif a pour conséquence de rendre non seulement plus attrayant le cours, mais concourt par un phénomène d’entrainement les participants plus profondément dans le processus de découverte d’un sujet, d’une matière.
Les enseignements sont les suivants

La Collaboration ne se produit pas spontanément– sans que les personnes n’aient été présentées les unes aux autres. Cela requiert donc présentation et stimulation de la relation : il faut donc qu’ils apprennent à se connaître les uns les autres (cela bat en brèche toutes les initiatives de méga RSE [Réseau Sociaux d’Entreprises]… et milite plutôt dans le sens de l’angle que nous défendons chez Digital Agora lequel consiste à créer des micros communautés -d’intérêts- collaboratives, nous nous sommes très inspiré du modèle de « leadership » de Gore lequel se base sur des « petites équipes agiles ».

Pour ce faire, HBS a incité les participants à se présenter – une image personnelle et remplir un profil public- comme préalable avant d’avoir accès au contenu des cours. ce n’est plus une contrainte depuis une célébre invention de Harvard nommée facebook! c’est donnant, donnant et démultipliant… Cette simple exigence a eu des résultats significatifs: le premier jour du programme, tout ceux qui ont remplis leurs profils personnels ont consulté les informations de profil d’ en moyenne, 40 autres participants ! [de façon à chercher les fameuses affinités et se créer un futur réseau de compétences…pour « collaborer » de manière efficace.].

La Collaboration a besoin de stimulation : elle ne se produit pas seulement en mettant les gens ensemble ! Vous devez la déclencher. Pour ce faire, HBS a relié l’évaluation des élèves à leur  participation et la collaboration en ligne.  Plus de la moitié a posé une question à autrui, et à peu près 75% ont répondu aux questions des autres à un moment donné au cours du programme. En comparaison, la plupart des forums de discussion en cours en ligne pourrait suivre une règle d’alimentation typique: on estime que moins de 10% des participants sont responsables de plus de 90% des cotisations, tandis que le reste peine à participer…(source Pr Andrew Ho -HBS).

Digital Agora travaille exactement dans ce sens en proposant un système qui est basé sur la connaissance des différentes parties prenantes entre elles (i.e collaborateurs directs d’une entreprise, partenaires etc…) , la bonne incitation est celle qui indique l’on gagnera à être mieux synchronisé à être précis dans les échanges – seuls 14% du contenu d’un mail sont utiles, nous avons travaillé les échanges par destination (information, décision, action…)…

Nous contextualisons les discussions en y associant les ressources pertinentes afin de ne pas perdre 15% du temps à rassembler de l’information pour prendre des décisions*…(*en moyenne 25 par jour, 20 mineures et 5 majeures, même les 20 mineures prennent autant de temps que les majeures, c’est pourquoi nous travaillons à l’assistance à la prise de décision…)

 

 

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La fin du travail est le début du travail collaboratif : Revolution Collaborative selon Jeremy Rifkin (Digital Agora a aimé cet article)

Par Benoit GEORGES | 11/04/2014(reprise article paru dans Les Echos)

Après avoir prédit la fin du travail et la troisième révolution industrielle, le prospectiviste Jeremy Rifkin annonce rien de moins que le déclin du capitalisme, éclipsé par l’Internet des objets et l’économie solidaire.

Jeremy Rifkin possède un talent indéniable pour analyser les dernières tendances technologiques et sociétales, les mélanger et leur donner du sens en construisant un futur possible.

Quel est le point commun entre l’Internet des objets, les énergies renouvelables, les logiciels libres, l’économie sociale et solidaire, l’intelligence artificielle et les imprimantes 3D ? Pour l’essayiste américain Jeremy Rifkin, tous ces phénomènes convergent pour transformer en profondeur l’économie mondiale telle que nous la connaissons. Ils préfigurent même une société où le capitalisme sera éclipsé par les mouvements collaboratifs et la production à petite échelle.

Publié la semaine dernière aux Etats-Unis, « The Zero Marginal Cost Society » reprend des thèmes déjà abordés dans plusieurs livres qui ont rendu Rifkin célèbre, notamment « La Fin du travail » (La Découverte, 1995) et « La Troisième Révolution industrielle » (Les Liens qui Libèrent, 2011). Mais ce nouvel essai réactualise ses prédictions passées à la lumière des dernières tendances technologiques et sociétales.

Le point de départ est l’idée que les nouvelles technologies, en réduisant quasiment à néant les frais de stockage et de distribution, mettent à mal le modèle capitaliste. Né avec la révolution industrielle, le capitalisme est synonyme d’investissements massifs, qui sont ensuite rémunérés grâce aux gains procurés par les économies d’échelle. Pour Rifkin, en réduisant quasiment à néant le coût marginal (c’est-à-dire le coût de production d’une unité supplémentaire), Internet change complètement la donne. Le premier exemple qu’il donne est celui de la communication : « Un tiers de l’humanité publie déjà ses propres informations avec des téléphones ou des ordinateurs relativement bon marché, et peut l’échanger sous forme de vidéo, de son et de texte à un coût marginal proche de zéro. »

[Les Transformations des organisations par une nouvelle forme de Collaboration]

Après avoir bouleversé les médias, Internet s’apprête à faire de même dans tous les secteurs. L’éducation se transforme déjà grâce aux Mooc (Massive Open Online Course, cours en ligne en accès libre), ces cours en ligne donnant accès à des professeurs de haut niveau pour un coût quasi nul. Le « crowdfunding » (financement participatif) et le microcrédit court-circuitent les acteurs traditionnels de la banque et de la finance. Même l’énergie, secteur capitalistique par excellence, va devoir s’adapter à un modèle où chaque individu peut devenir « prosumer », c’est à dire à la fois producteur et consommateur, grâce aux énergies renouvelables et aux réseaux intelligents – une thèse déjà au coeur du précédent livre de Rifkin et qui a fait de lui un prosélyte très recherché de la transition énergétique, sollicité notamment par la Commission européenne ou la région Nord – Pas-de-Calais.

Un monde sans travail

« The Zero Marginal Cost Society » va encore plus loin, en prophétisant que les objets eux-mêmes finiront par avoir un coût marginal quasi nul et que leur production sera, en tout cas partiellement, assurée à l’échelle locale grâce aux progrès de l’impression 3D. Dotés de capteurs et connectés à Internet, les objets seront également plus durables, et pourront efficacement être mis en commun. Car la vision technologique du livre s’accompagne d’un volet sociétal tout aussi important aux yeux de son auteur : l’émergence d’une économie du partage. Né avec le logiciel libre, le mouvement collaboratif est en train de se répandre dans tous les domaines au même rythme que la révolution numérique : puisque la production ne coûte presque plus rien, l’échange va se généraliser et devenir une valeur primordiale pour la « génération du millénaire ». Ce qui permet à Rifkin d’associer dans un même mouvement l’essor de l’économie sociale et solidaire et le succès des services de partage comme Airbnb ou Uber – oubliant au passage que, loin de menacer le capitalisme, ce dernier a vite été racheté par l’une de ses émanations les plus puissantes, Google.

Cette révolution collaborative ira de pair avec une autre obsession de Jeremy Rifkin : le remplacement des travailleurs par les machines. L’intelligence artificielle et la robotique vont entraîner un tel essor de la productivité que les usines, les magasins et les bureaux auront besoin de moins en moins de bras et de cerveaux. Vingt ans après la parution de « La Fin du travail », qui fut très critiquée à l’époque, le prospectiviste se réjouirait presque de constater que l’histoire semble lui donner raison, même si cela se traduit par une montée inexorable du chômage. Pour lui, ce n’est de toute façon pas un drame, car le nouveau modèle de collaboration libre permettra aux humains de continuer à s’épanouir en dehors du monde du travail actuel, par exemple dans le bénévolat et la solidarité.

On ressort de ce copieux – et souvent passionnant – voyage dans le futur avec un sentiment mitigé. D’un côté, Jeremy Rifkin se laisse parfois emporter par sa vision d’un monde où l’abondance permettra à l’homme de tourner le dos au matérialisme et n’hésite pas à user de raccourcis que les économistes orthodoxes ne manqueront pas de lui reprocher. De l’autre, il a le mérite de parler des technologies sans tomber dans le scientisme, et n’oublie jamais les enjeux éthiques et sociaux. Surtout, il possède un réel talent pour décrypter des tendances émergentes, les mélanger et leur donner du sens en construisant un futur possible et, même par certains aspects, stimulant.